THOMAS PÉRICHAIN
Un nom de plume, et une anagramme.
Un feuillet plié en huit, cousu dans une doublure, recopié par des mains différentes depuis six siècles. De Carmagnola en 1372 à Matoury en 2026.
Matoury, 2026. Le bruit remonte, des cortèges, des slogans, des mots qu'on croyait enterrés. Un soir, Vincent Naïmardi décout la doublure du manteau de sa grand-mère Emma, gardé depuis trois générations. Il n'y trouve pas d'argent. Il trouve un feuillet plié en huit, recopié et complété par des mains différentes depuis six siècles, avec en tête une formule : et ce qui ne s'écrit pas.
Le livre suit ce feuillet de doublure en doublure. Qui l'a écrit, qui l'a caché, qui a failli le brûler, et ce qu'il a coûté à chacun de ceux qui l'ont porté. La peste, les guerres d'Italie, les Alpes, le Soudan français, la mer en 1942, la Provence, puis la Guyane, où il refait surface parce que le bruit monte encore.
Chaque repère est un chapitre. Les fiches donnent les notes historiques du livre et des liens pour aller plus loin. Les noms de la famille et certains lieux ont été changés.
Le livre porte 21 notes historiques. Dans l'ebook, chacune se termine par un lien. Il mène ici, à sa fiche : le lieu sur la carte, le fait, et des liens pour aller plus loin.
Le livre ne bouge pas, les fiches peuvent grandir. Une carte ou une source de plus s'ajoute ici sans qu'il faille republier l'ebook.
De la peste noire au débarquement de Provence, en passant par les tirailleurs sénégalais et le STO (Service du travail obligatoire), ces repères parlent d'histoire autant que de famille. Enseignants, documentalistes, élèves : le livre et ses fiches sont libres pour un usage en classe, toujours avec la mention de la méthode.
Le bruit monte encore.
Je l'ai déjà entendu. Plusieurs fois. Il change de langue, il change de drapeau, il ne change jamais de voix.
Chaque fois qu'il monte, quelqu'un de cette famille ouvre une doublure.
La pluie m'a cueilli à la sortie de Cayenne, comme presque chaque soir de cette saison, elle arrive comme un mur d'eau d'un coup sans prévenir, d'un seul bloc, un poids, un seau d'eau envoyé en continu. Les essuie-glaces à fond ne servent à rien contre ces pluies-là, on ralentit, on suit les feux arrière de devant, on attend que ça veuille bien finir. J'ai roulé au pas sur la route de Matoury, les mains sur le volant encore pleines de la journée, un moulage repris trois fois sur un amputé tibial difficile, les mains crispées, après que l'atelier a fermé, comme une vibration qui ne passe pas. Puis la pluie s'est arrêtée aussi vite qu'elle s'était ouverte, et j'ai quitté le bitume pour la piste. C'est notre dernier luxe, cette piste : huit cents mètres de latérite entre les grands arbres, les nids-de-poule, et au bout, la maison, le bois sombre sous les manguiers, la lampe de la véranda, la forêt tout autour qui fume après la pluie. À chaque retour de mes rendez-vous, juste avant d'arriver au dernier virage, mon métier s'efface, je redeviens intrinsèquement quelqu'un du passé et je ne peux m'empêcher d'instinctivement vérifier l'horizon, comme un chasseur qui chercherait d'où le danger peut surgir.
Tylia est montée se coucher tôt, une journée de celles qui ne se racontent pas, m'a-t-elle dit, et je sais m'effacer face à ces journées que l'on ne raconte pas. Je l'ai embrassée avant qu'elle monte. Je l'embrasse toujours, même pour une séparation d'un étage et d'une heure, afin de ne pas oublier qu'à tout moment la vie peut nous séparer. J'ai fait le tour des bêtes, fermé la moustiquaire, et je me suis assis devant les informations avec un fond de café.
Ce soir, à Matoury, la nuit est tombée d'un coup, comme au théâtre au clap de fin, un rideau lourd qui tombe et laisse place à l'obscurité, et la pluie s'était arrêtée avec elle. Les crapauds ont pris le relais, toujours après la pluie, quand la chaleur remonte du sol pour nous renvoyer la chaleur du jour. La forêt camoufle par sa grandeur et son opacité toute la maison. Et moi, encore une fois, je suis resté trop longtemps absorbé par les informations, j'aurais dû éteindre plus tôt.
Quelque part, des hommes ont défilé cette nuit avec des drapeaux. Les images repassaient en boucle pendant que des commentateurs, tous plus ou moins spécialistes autonommés, en plateau se disputaient leur importance : la colonne remontant une avenue, en rangs serrés par quatre, une symétrie et une synchronisation parfaites, et le bruit des pas cadencés qui faisaient trembler les vitrines des magasins fermés. Le commentateur disait le nom de la ville, le nombre de personnes, curieux et fanatiques mélangés, le dispositif policier mis en œuvre, les chiffres qu'on donne quand on ne veut pas dire ce qu'on a vu. J'ai vu des visages jeunes, ordonnés, contents d'eux. Des hommes ordinaires, impeccables, des tenues uniformes et ajustées, et des regards puissants et volontaires, d'autres personnes qui riaient à quelque chose entre deux slogans et des gens qui seraient à l'heure au travail lundi. Des slogans que je connaissais sans les avoir jamais appris, parce que lorsqu'ils reviennent on les reconnaît, car ils ouvrent en nous une fenêtre qui nous balaie et nous place dans une posture de torpeur.
Ailleurs dans le même journal, un cimetière avait été retourné dans la nuit, les stèles couchées face contre terre en cadence, toutes dans le même sens, le gardien effaré ne cachait pas son effroi. Des noms effacés sur des boîtes aux lettres, dans une ville moyenne, des noms avec des consonances étrangères. Et sur un mur d'école, un mot que je pensais enterré avec le siècle dernier, écrit à la peinture fraîche par quelqu'un qui n'était sans doute même pas né lorsqu'on l'écrivait, où on a vu où menait ce mot.
Sept mille kilomètres entre ce mur et moi. Le bruit les traverse en une seconde. J'ai éteint le téléviseur. Le noir de la forêt est entré dans la maison d'un coup, plein du chant des crapauds. Je suis resté là, sans bouger, le fond de café froid dans la main, à écouter la maison faire ses bruits de nuit : le bois qui travaille, une poutre qui rend la chaleur du jour avec un craquement sec, comme quelqu'un qui se retourne dans son sommeil.
Notre maison est en bois du pays, un bois tropical coupé ici, monté ici, qui travaille la nuit en rendant la chaleur du jour. Des planches larges, un toit haut pour que l'air circule, une véranda où la forêt vient regarder qui nous sommes. Nous l'avons voulue en pleine forêt, Tylia et moi : un havre au milieu d'une nature qui n'a jamais demandé la permission d'être sauvage. C'était notre choix pour la troisième partie de la vie. Venir sur sa terre à elle, nous rapprocher de sa famille. Mes parents ne sont jamais venus ici. Ils n'ont jamais vu cette maison, ni cette forêt, ni ce ciel trop grand pour les habitudes.
Et cette terre-là n'a pas besoin qu'on lui explique le bruit. Elle sait, mieux que d'autres peut-être, où va l'homme quand il décide que d'autres hommes ne comptent pas. Ici, on efface la mémoire, on recrée le réel, parce qu'on avait interdit les registres à ceux qu'on débarquait. La famille de Tylia porte cette mémoire-là comme Emma portait son accent : de façon naturelle, en mélangeant ses origines et sa vie actuelle. L'exploitation de l'homme par l'homme n'a pas attendu les drapeaux d'hier soir. Elle s'est rhabillée d'une autre façon et s'est adaptée à son temps.
Ma grand-mère Emma baissait la tête quand les chemises noires passaient dans la rue, à Crevoladossola. On me l'a raconté comme on transmet une consigne de sécurité. L'idée n'était pas de me protéger en faisant la même chose, mais surtout de m'apprendre à reconnaître ce pas. Elle disait qu'on entend les époques arriver aux chaussures. Les décennies calmes ont un bruit étouffé, les autres se font entendre de leurs pas lourds et cadencés.
Ce soir, aux informations, ils marchaient ensemble.
Thomas Périchain est une anagramme. Les lettres sont celles du vrai nom de l'auteur, qui vit en Guyane, rangées dans un autre ordre. Il publie sous ce nom des romans composés avec un modèle de langage, sous sa direction.
Ce qui ne s'écrit pas est le premier qu'il donne à lire.
D'autres romans sont écrits. Ils seront annoncés ici.
THOMAS PÉRICHAINquinze lettres, pas une de plus, pas une de moins
Ce livre est écrit avec un modèle de langage, Claude, de la société Anthropic. Je le dis ici parce que je l'assume.
L'histoire, la famille qui la porte et ce qu'elle devient viennent de moi. Le modèle compose la prose sous mes décisions. Chaque chapitre a été relu et validé avant le suivant. Je corrige, je rejette, je fais refaire. Rien n'entre dans le texte sans être passé par ma correction. Le début du premier chapitre, celui que vous pouvez lire ici, je l'ai réécrit de ma main.
Les faits historiques sont vérifiés. Les noms de la famille et certains lieux ont été changés. L'image de couverture a été générée par une IA (ChatGPT, de la société OpenAI).
Tout est conservé : les versions successives et les dépôts à l'INPI (Institut national de la propriété industrielle).
Je l'assume pour une raison simple. J'ai des histoires à raconter et je n'ai pas le temps d'une vie d'écrivain. Ces outils sont à la disposition de tout le monde, je préfère en faire les miens. Ce que je vous demande en lisant, c'est de juger le livre.
Thomas Périchain
Lecture libre. Vous pouvez partager l'ebook tel quel, avec sa note sur la méthode, sans le modifier ni le vendre.
Pour un extrait cité, un cours ou un article, merci de reprendre cette mention :
Thomas Périchain, Ce qui ne s'écrit pas. Texte composé avec un modèle de langage (Claude, Anthropic), sous la direction et la correction de l'auteur.